Lors de la séance plénière du 2 avril à l’Assemblée nationale, consacrée au vote de la proposition de loi n°05/2025 portant interprétation de la loi d’amnistie de 2024, le député Thierno Alassane Sall, leader de République des Valeurs (RV) et non inscrit, a livré une critique acerbe du régime en place.
« Le pouvoir a tenté de dissimuler ce qui n’est rien d’autre qu’un abus parlementaire. En s’appuyant sur la loi du plus grand nombre, la majorité a rejeté ma proposition d’abrogation totale sous le prétexte fallacieux d’une aggravation des charges financières », a-t-il dénoncé.
Pour Sall, ce rejet masque une stratégie calculée : « Ce n’est qu’un prétexte pour permettre au régime de reprendre la main et modifier la loi à sa guise. L’abrogation totale étant inacceptable pour des dirigeants qui ont négocié des compromis dans l’ombre, ils recourent à des tactiques dilatoires et à des formulations ambiguës.
Cela fait un an que ce jeu d’équilibriste dure. »
Il accuse Pastef d’avoir orchestré un « camouflage juridique » avec cette loi d’interprétation : « Plutôt que de clarifier le texte existant, elle le modifie en profondeur. Changer les termes ne masque pas la réalité : qu’on l’appelle interprétative ou modificative, le problème reste le même. »
Thierno Alassane Sall a détaillé les failles du processus : « La première version de la proposition de Pastef, rédigée à la hâte en méprisant les règles du droit parlementaire, était si bancale qu’elle a été abandonnée. La majorité a tenté de la sauver par des amendements successifs, mais l’histoire retiendra qu’un texte mal conçu a dû être remplacé par un contre-projet déguisé en amendement. »
Il a ajouté : « Ces manipulations précipitées montrent que, pendant deux ans, ni Pastef, ni ses juristes improvisés, ni son gouvernement n’ont sérieusement réfléchi à l’abrogation promise. Cette proposition est biaisée et inacceptable. »
Critiquant l’exposé des motifs, il a poursuivi dans ses propos repris par Seneweb : « Prétendre respecter les droits des victimes tout en justifiant des subterfuges juridiques est un leurre. Cette loi protège certaines catégories de criminels, sous prétexte qu’ils auraient agi au nom d’une liberté publique ou d’un droit démocratique, au détriment de toutes les victimes. »
Pour lui, cela constitue une rupture historique : « C’est une première dans notre législation : une loi qui protège explicitement des criminels aux dépens de leurs victimes, une aberration morale et une monstruosité juridique, comme l’a dit un défenseur des droits humains. »
Enfin, il a interpellé la majorité Pastef (130 sièges sur 165) : « En vous arrogeant le droit de définir seuls ce qui est bon pour le pays, vous ignorez les appels à la concertation des organisations de la société civile. En vous confondant avec la vérité absolue grâce à votre majorité, vous vous enfermez dans un dogmatisme dangereux. »
XIBAARU